Témoignage du Père Jean-Baptiste Lagüe lors de la célébration du samedi 11 juin 2016, à Saint Martial.

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Introduction à l’eucharistie.

 

Votre présence, ce soir, des quatre coins de l’ensemble pastoral me touche. Derrière vos visages, je connais les souffrances

traversées, les difficultés de santé assumées, les blessures de coeur qui ne se referment pas, les deuils impossibles. Votre

persévérance est l’expression de votre fidélité à l’amour de Jésus.

La célébration du sacrement des malades que nous allons recevoir ensemble nous enracine un peu plus encore dans la foi et

l’espérance d’être aimé d’un amour sans limite et sans condition.

L’évangile de ce jour résonne pour moi comme une bonne nouvelle. L’amour de cette femme indigne qui verse ce parfum

précieux sur les pieds de Jésus met en scène le sacrement que nous allons recevoir .(Lc7,36-8,3)

Par cette onction qui la dépasse, elle annonce le relèvement de Jésus, sa résurrection, la victoire de la vie sur la mort. Et, en 

même temps, elle vit déjà de la grâce du pardon de Dieu dont elle perçoit que Jésus est porteur pour elle, avant même qu’Il lui

dise : tes péchés sont pardonnés !

D’une certaine manière elle donne à Jésus le sacrement qui annonce sa pâque. Et en retour elle reçoit la confirmation du pardon 

divin dont elle vit déjà, qui la rétablit dans sa dignité, la réconcilie avec elle-même et décuple sa capacité d’aimer.

Nous sommes les uns pour les autres  des sacrements de l’amour de Dieu.

Je vais vous faire un aveu. Je ne crois pas au miracle. La vie est trop dure pour beaucoup d’entre nous et le miracle serait injuste

et arbitraire s’il devait bénéficier à l’un et pas à l’autre !

Qui plus est, il peut être une manière de tenter Dieu, d’exercer sur lui un chantage affectif. J’ai mis ma foi en toi et toi qu’est ce

que tu fais pour moi ? Mais si je ne crois pas au miracle je crois que la foi, l’espérance et l’amour peuvent faire des miracles.

Dieu n’a pas envoyé son Fils pour qu’il échappe aux déterminations de la condition humaine mais pour qu’en nous aimant

jusqu’au bout, il les assume avec nous et pour nous dans la foi, l’espérance et l’amour et trace ainsi un chemin de lumière.

Alors entrons dans cette eucharistie, en reconnaissant que Jésus est pour nous le pardon et la résurrection, et qu’en Lui, nous

avons la vie !

 

Témoignage de Jean baptiste

 

J’ai voulu recevoir au milieu de vous le sacrement des malades parce que je ne suis pas seulement prêtre pour vous mais

chrétien avec vous. Je partage le même baptême et aussi la même fragilité humaine.

Dieu nous a tant aimés qu’il a envoyé son Fils (Jn 3,16) nous dit St Jean.

Jésus, tout fils bien aimé du Père qu’il est, n’a rien refusé du tragique de notre condition humaine. Il a connu la violence des 

institutions, le rejet des hommes de pouvoir et de religion. Il s’est fait proche des enfants, des petits et des pauvres.

Il a posé de multiples signes de guérison et de pardon, refusant la fatalité du mal et du malheur.

Il a affronté la mort de la croix, l’épreuve de la solitude et le vertige de l’abandon.

Il s’est remis dans la confiance entre les mains du Père, sans douter de son amour.

La passion de Jésus, sa fragilité assumée m’autorisent à vivre, dans la vérité, ma faiblesse d’aujourd’hui.

Si je suis dans la confiance, je ne suis pas angélique pour autant. Je suis traversé – sans y céder-

Par l’amertume de la maladie qui m’affecte : pourquoi moi ?

Par le vertige d’être lâché par Celui en qui j’ai mis ma foi. Pourquoi m’as-tu abandonné ?

Par le doute : ma maladie viendrait-elle invalider mes choix de pasteur ?

Mais je sais aussi que le Père a tout remis entre nos mains, dans la confiance et dans l’amour.

J’ai voulu recevoir ce sacrement au milieu de vous, parce que mon ministère aujourd’hui se joue moins à travers des tâches

pastorales que je ne peux plus assumer, que dans le partage de la foi qui est la mienne au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est

livré pour moi (Gal 2,21) pour reprendre les mots de Paul.

Les sacrements de l’Eglise, dont les prêtres sont les serviteurs, sont des signes physiques de l’attention prévenante et de

l’amour gratuit de Dieu pour nous. Ils nous associent à la passion de Jésus pour nous arracher à la fatalité du malheur et nous

faire passer avec Lui de la mort à la vie, du refus à l’acceptation, du découragement à l’espérance, de la révolte stérile ou de la

résignation amère au combat pour la guérison et la vie.

J’ai voulu recevoir ce sacrement pour remercier tous ceux d’entre vous qui me disent leur amitié et la prière qu’ils adressent à

Dieu pour demander ma guérison ou lui faire le reproche de ma maladie, comme s’il y était pour quelque chose !

En ce qui me concerne, je ne demande pas à Dieu ma guérison, c’est votre prière ! Mais je prie pour celle des autres.

J’ai trop conscience de la souffrance vécue par tant d’entre nous, ici et partout dans le monde pour imaginer qu’une vie qui

vaudrait plus ou moins qu’une autre.

Je prie pour que l’Esprit Saint nous pousse à mobiliser notre intelligence, notre coeur et nos moyens pour faire reculer la

maladie, l’injustice, la guerre. Là est le champ d’action où notre prière à Dieu nous renvoie.

Je suis reconnaissant à notre société et à ses institutions de santé, des soins prodigués. Pour moi ces soins ne sont pas un dû

mais un don, l’expression d’une solidarité collective qui veut placer l’être humain au centre.

Je crois que Dieu n’est pour rien dans les maux qui nous frappent, sinon de nous avoir donné la vie. Par Jésus, il est venu les

combattre et nous les faire traverser. Les multiples signes de guérison, de pardon et de réintégration qu’il a opéré sont autant

de défis qu’il a remis entre nos mains.

Ce sacrement, je veux le recevoir pour vous dire que la mort entrevue me rend plus sensible à la grâce de la vie. Chaque jour

qui se lève est un étonnement, chaque rencontre offerte un récit qui commence. J’apprends à quitter un savoir faire pour un

savoir être, ou mieux encore un savoir naître … à une vie qui n’a plus d’autre raison que d’en goûter la grâce …

En me tournant vers Jésus, ce sacrement me décentre de moi même. Il me fait réentendre que Dieu est Père et que les autres

sont des frères à découvrir et à aimer.

Père, en tes mains je remets ma vie. 

Je la remets aussi dans les mains des chercheurs que je ne connais pas, des soignants, des amis et des frères qui me la

redonnent par leur engagement ou par leur amitié.

Dans cet abandon confiant, je ne me résigne pas. Je choisis la vie sans me crisper sur elle. Je sais qu’elle se donne et se redonne

à ceux qui acceptent de dépasser leur peur de la perdre.

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