Homélie du jour de Noël 2015

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Homélie du jour de Noël 2015

 

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur les habitants du pays de l’ombre,

une lumière s’est levée. (Is 9,1)

Ces premiers mots du texte d’Isaïe que la liturgie de Noël nous fait entendre, font étrangement écho à la situation d’aujourd’hui. Nous sommes

un peu ce pays de l’ombre où le peuple marche dans les ténèbres de la menace terroriste et de sa violence aveugle. Les pays du monde mis

au pied du mur du réchauffement climatique ont encore bien du mal à dépasser leurs intérêts immédiats. La crise économique et sociale que

nous traversons semble résister, et nous vivons dans un système démocratique à bout de souffle qui, s’il ne se réforme pas, peut nous

conduire à un remède pire que le mal !

Dans ce pays de l’ombre, une lumière s’est levée… Quelle est donc cette lumière ?  Ce n’est pas celle des guirlandes de Noël qui, un moment,

nous distrait de la réalité… parfois jusqu’au déni. Ces lumières sont extérieures, provisoires, artificielles. Même si elles  nous éclairent et nous

réchauffent un moment !

Alors, qu’elle est donc cette lumière de Noël qui se lève au pays de l’ombre  et qui autorise la joie, la paix, l’espérance?

C’est la lumière de la vie donnée, de la vie donnée malgré tout, malgré les inégalités, malgré la violence et la crise, malgré la pollution et

l’exclusion.

Dans l’évangile de Luc face à un pouvoir qui veut mesurer sa force à travers un recensement de toute la terre, Dieu choisit, pour ouvrir avec

nous un chemin d’avenir et d’alliance, le signe d’un nouveau né remis entre nos mains.

Ce nouveau né c’est la forme de la présence que Dieu se donne pour nous faire signe. Dieu fait le pari que la douceur et la vulnérabilité

désarment et ouvrent le coeur de l’homme. Un enfant nous est donné, il faut donc s’occuper de lui sans attendre. La naissance de Jésus ne

nous rend pas passifs. Au contraire elle nous mobilise au service des hommes pour qu’ils renaissent à une vie nouvelle.

Cette renaissance n’est possible qu’en construisant notre vivre ensemble, sur la  considération pour les plus vulnérables d’entre nous.

Le signe de Noël nous dit que notre fragilité n’est pas une faiblesse mais une force,  car comment pourrait-on voir grandir un nouveau né,

s’il ne mobilisait pas toute la capacité de foi, d’espérance et d’amour dont nous sommes capables.

Le signe de Noël nous redit que la toute puissance de Dieu n’est ni dans la force ni dans l’arbitraire, mais dans sa capacité d’amour qui le

conduit à sortir de lui-même pour habiter notre humanité et contribuer à la sauver de l’intérieur.

Dieu choisit le signe d’un nouveau né remis entre nos mains pour nous  encourager à nous livrer comme lui;  à renoncer – comme Lui- à la

toute puissance ; et à rencontrer les autres avec la même vulnérabilité que celle de Jésus. C’est, sans doute, le seul chemin qui respecte les

autres et sollicite le meilleur d’eux-mêmes : leur douceur, leur liberté, leur responsabilité.

Ce chemin paradoxal de la Nativité c’est, me semble-t-il, le chemin même de la mission aujourd’hui.  Face aux difficultés de ce monde, il n’y a

pas de solutions miracle. Mais en son Fils nouveau né, Dieu, une nouvelle fois, remet tout entre nos mains. En particulier la construction d’une

humanité à l’image de celle de Jésus : libre, fraternelle, universelle et coresponsable.

Dans ce sens la mission n’est pas de refaire les forces de l’Eglise, mais  de rendre à ce monde l’espérance d’une humanité réconciliée et

renaissante.

La violence ? Elle est instinctive, revancharde, lâche. Elle défigure ceux qui y cèdent et n’excuse pas celle qu’ils peuvent subir.

Aussi destructrice soit-elle, elle est un aveu d’impuissance.

La vie donnée défie la mort, brise les tombeaux, ouvre l’avenir. Elle signe déjà la victoire du Ressuscité sur la mort. La vie est entre nos mains

et nous sommes entre les mains de la vie,  mais ensemble. A  tous, Noël de douceur et de paix, dans la sobriété heureuse plutôt que dans un

consumérisme  trompeur, bruyant et appauvrissant.

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