Homélie du jeudi Saint 24 mars 2016

C’est pourquoi la joie de mon ministère est de reconnaître et d’encourager la responsabilité des baptisés et de bénéficier de la participation de chacun dans l’annonce de l’évangile et la vie des communautés.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+

Evangile de Jean 13, 1-15

Homélie du Jeudi Saint 2016   -   Jean 13,1-15

 

Puisque c’est l’année de la miséricorde, je me propose de partager avec vous, sur mon ministère pastoral comme ministère de la miséricorde. Je le ferai, éclairé par la parole de Dieu et par l’expérience qui est la mienne.

Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu’au bout. Je me souviens, au tout début de mon ministère, du conseil d’un confrère plus âgé me disant : si tu veux que tes homélies touchent les gens, il faut que tu les aimes ! J’avais peut être donné l’impression d’un jeune prêtre sûr de lui et donneur de leçon, pour que ce confrère me donne ce conseil avisé et évangélique. J’ai compris que je ne pourrai jamais être un bon prêtre si je n’aimais pas ceux auxquels j’étais envoyé. Cet amour devait être gratuit, d’emblée offert et bienveillant. Il fallait que je découvre que le véritable amour n’est pas un simple sentiment, une connivence mais une reconnaissance de l’autre comme autre, au delà de mon sentiment personnel!

Les premières années de ministère sont souvent difficiles. En ce qui me concerne elles m’ont confronté très vite à mes limites, à mes fragilités, à mes zones d’ombre. Etre prêtre ne gomme pas l’humanité de celui qui est appelé mais au contraire l’y renvoie avec une exigence de vérité sur soi-même.

J’ai d’abord mal vécu cette confrontation à mes failles personnelles, et puis j’ai découvert, en les identifiant mieux, en les regardant en face sans complaisance, et en me laissant aimer par le Christ, qu’elles pouvaient devenir un atout. Car faire la vérité sur soi-même et sur ses failles, dispose au pardon pour les autres. Et j’ai été guéri de toute tentation de jugement sur autrui. Je me suis rappelé alors, l’injonction de mon père quand j’ai annoncé mon intention de rentrer  au séminaire. Si tu dois être curé, que tu sois un bon curé. J’ai compris, plus tard, qu’être un bon curé c’était être un curé bon ! Serviteur de la bonté de Dieu dont je bénéficiais moi-même pour la partager aux autres. La pénitence n’a plus été pour moi un tribunal que je redoutais et dont la culpabilisation était le fruit amer, mais plutôt comme les bras ouverts d’un père moins focalisé sur le péché de ses enfants que sur son amour pour eux !

J’essaie comme ministre du sacrement du pardon de le vivre comme un lieu libérateur, en m’inspirant du comportement de Jésus dans ses rencontres. En favorisant l’écoute de la parole de Dieu qui permet de se décentrer de soi et évite de moraliser. En invitant à renoncer à tout dire car le scrupule est un manque de foi, mais en proposant plutôt de faire la vérité car faire la vérité rend libre et nous fait sortir du jugement qui enferme. Lorsqu’on vient se confesser, c’est d’abord sa foi que l’on exprime, la confiance absolue dans le pardon de DIEU. En se déplaçant on fait physiquement l’aveu de se reconnaître pécheur et on est déjà pardonné car nos fautes sont moins décisives pour Dieu que la grâce du pardon offert.

Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains … Ces mots de St Jean, me font mesurer la confiance du Père en Jésus ,et à travers lui, la confiance du Père en chacun d’entre nous. Mais cette confiance du Père qui remet tout entre nos mains, ça nous fait aussi mesurer notre responsabilité et la solitude inévitable dans laquelle on se tient quand on est responsable.

La miséricorde de Dieu, à l’image du père de l’enfant prodigue, remet tout entre nos mains et d’abord la vie. Il la partage avec nous, sans réticence. Il laisse partir son jeune fils. Il le laisse s’égarer et se perdre, assumer les conséquences de ses choix et aussi faire retour sur lui-même. Et cela, sans jamais cesser de l’aimer et de l’attendre, mais sans jamais non plus se substituer à lui !

Ainsi Dieu dans nos vies. Il nous aime trop en vérité et nous respecte assez, pour ne pas faire suppléance. On peut alors se sentir parfois comme abandonné. Père pourquoi m’as-tu abandonné ? Vivre, c’est être seul, même avec les autres, mais avec la confiance de Dieu : tu es mon fils, ma fille, en toi je mets tout mon amour.

Cette miséricorde du Père qui remet tout entre nos mains m’a appris que la confiance vitale dont je bénéficiais de la part du Seigneur, je la devais bien aux autres pour qu’ils vivent. C’est pourquoi la joie de mon ministère est de reconnaître et d’encourager la responsabilité des baptisés et de bénéficier de la participation de chacun dans l’annonce de l’évangile et la vie des communautés. Je ne me sens pas  dépossédé, par la responsabilité assumée par les autres baptisés. Je vis cette coresponsabilité baptismale comme une stimulation tant il est vrai que les prêtres, comme le dit le concile, sont des frères parmi leurs frères, membre de l’unique Corps du Christ dont la construction a été confiée à tous. (PO9)  Comme éducateurs de la foi, dit encore le concile, les prêtres veillent à ce que chaque chrétien parvienne, dans le Saint Esprit, à l’épanouissement de sa vocation personnelle selon l’évangile.  (PO 6) C’est de cette façon là que je comprends et que je vis le geste de Jésus lavant les pieds de ses disciples, les reconnaissant, d’une certaine façon, comme ses maîtres,  Lui le Seigneur !

Je mesure ce soir, combien l’eucharistie est le lieu décisif où l’assemblée des chrétiens se reçoit du Christ comme son corps pour les autres, un corps invité à aimer jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême. Car l’amour  miséricordieux de Dieu n’est pas de mots, il est de chair et de sang. Il n’est pas exclusif, il est universel. Le Christ meurt pour tous. Voilà bien pourquoi, comme le dit encore le concile (PO6) aucune communauté chrétienne ne se construit sans trouver sa racine et son centre dans la célébration de l’eucharistie… mais une célébration pleinement vécue doit déboucher… tout autant dans les activités de charité et d’entraide que dans l’action missionnaire et les diverses formes de témoignage. C’est ce que je nous souhaite.

Partager sur: Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur Google+