Salutation d'ouverture et homélie du dimanche 26 juin 2016

J’ai essayé de me situer et de situer le prêtre à sa juste place qui n’est pas le centre – le centre c’est le Christ-  mais le service de la vocation de chacun, l’unité et l’élan dans la mission commune de partager la joie de l’évangile.

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Evangile de Luc 9 , 51-62 - Messe d'action de grâce pour le ministère de Jean-Baptiste Lagüe

Dimanche 26 juin 2016        16° Dim Temps Ord C      Luc 9, 51 - 62  

 

Salutation d’ouverture

Douze années de présence sur cet ensemble pastoral. Quarante années de ministère. Votre assemblée, à travers les uns et les autres, porte la trace de ce parcours. Je suis ému de votre fidélité dans l’amitié et plus encore dans la foi en Jésus et son évangile.

Avec vous tous, nous avons tenté de vivre l’Eglise comme le Corps vivant de Jésus Christ ici et maintenant. Merci aux membres de l’EqAp et des ELA de St Augustin, Caudéran, Bordeaux Nord et Bruges Le Bouscat, de leur présence.

La présence de monsieur le maire nous rappelle que nous n’existons pas hors sol mais enracinés dans une vie locale dont nous sommes solidaires et pour laquelle nous voulons faire signe de l’évangile car il est porteur d’un sens de l’homme dans sa relation aux autres et à Dieu, qui peut humaniser ce monde et réveiller son espérance.

L’eucharistie est une action de grâce. Une action qui consiste à rendre grâce, à dire merci, à s’étonner. Rendre grâce aujourd’hui est souvent considéré comme une naïveté ou une faiblesse. Notre pays préfère se trouver de multiples raisons de râler plutôt que de rendre grâce ! Beaucoup de nos contemporains ne savent plus dire merci, s’étonner de ce qu’ils ont reçu !

Mais avant d’avoir des droits, j’ai reçu le don de la vie. Le don précède le droit. Je l’ai reçu de Dieu par les autres, mes parents et par tous ceux qui contribuent à nous construire comme être humain singulier.

Quand on oublie le don, quand on oublie ce qu’on reçoit, la société de droits devient une société bloquée. Chacun se crispe sur lui-même et regarde les autres comme une menace. St Paul dans sa lettre aux Galates nous dit que l’accomplissement de la Loi se résume dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Rendre grâce ça n’occulte pas les difficultés traversées mais ça remet les choses en perspective. La vie vaut plus que les difficultés auxquelles  elle nous affronte et les autres sont plus précieux que leurs impossibilités ou que ce qui nous oppose.

Ce que nous sommes, ce que nous devenons, nous ne le sommes pas, nous ne le devenons pas les uns sans les autres. Alors rendons grâce à Dieu car la vie est d’abord un don à recevoir, une responsabilité à prendre et un bonheur à partager.

 

Homélie

Nous sommes au début de la mission de Jésus et pourtant, l’évangile de Luc souligne d’emblée, sa détermination à prendre – résolument- la route de Jérusalem.

Cette route sera pascale, il devra discerner en les conjuguant, son chemin d’homme et d’enfant de Dieu, s’opposer aux chefs politiques et religieux, s’affranchir des institutions quand elles instrumentalisent les hommes, traverser l’épreuve de la passion et de la mort. Il sera touché par la maladie des uns, l’exclusion des autres et il ne se résignera pas. Les multiples signes de guérison, de pardon et de réintégration qui vont jalonner sa route vers Jérusalem sont autant d’indices qu’il nous laisse pour que nous refusions, nous aussi, la fatalité du mal, de la maladie ou du malheur.

Ce qui me frappe dans ce passage c’est la liberté de Jésus. En écho j’entends la parole de Paul nous disant : C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés.

Jésus est libre face au refus de ceux qui ne veulent pas le recevoir. Pour témoigner que Dieu est Père, il refuse la toute puissance, il a définitivement choisi le chemin de l’amour qui se propose et se donne sans s’imposer plutôt que celui du pouvoir qui contraint ou de la violence qui nie l’autre dans sa dignité et sa liberté.

Jésus est toujours en marche, jamais installé: le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête  sinon chez ceux qui lui accordent une hospitalité aussi amicale que provisoire, comme celle dont j’ai bénéficié des uns et des autres…

Jésus  ne se complaît ni avec les morts ni avec le passé. Toi laisse les morts enterrer leurs morts, pars et annonce le Règne de Dieu. Il est mû par cette passion d’annoncer le Règne de Dieu. Ce Royaume de Dieu, nous dit le pape François, c’est la vision que Jésus a de l’homme dans sa relation aux autres et à Dieu. Ce Royaume c’est l’horizon qui permet ( à Jésus) de relativiser tout le reste, de rester libre des illusions et du pessimisme et de garder la paix.

Jésus est l’homme de la Pâque, du regard tourné vers le Royaume auquel par son action, il donne corps dans l’histoire !

Le goût du Royaume de Dieu nous ne pouvons le partager avec les autres que si nous croyons que nous pouvons en anticiper la venue, par nos engagements citoyens et par une vie de foi qui ne dissocie jamais amour de Dieu et du prochain comme de soi même!

Je suis rentré au Séminaire quelques années après la fin du concile Vatican II. Il a marqué une étape décisive dans l’histoire de l’Eglise. D’abord en amenant l’Eglise à penser sa relation au monde et sa mission en terme de dialogue. Ce qui suppose l’acceptation des autres comme autres et nous inscrit, avec eux, dans une recherche non exclusive de la vérité ! En réfléchissant aussi sur elle-même, à partir des ressources de sa tradition, l’Eglise redécouvre qu’elle n’est pas d’abord une hiérarchie mais un peuple, le peuple des baptisés.

Ce peuple, c’est le peuple que Dieu appelle – dans l’histoire-  à témoigner de son projet de rassembler dans l’unité tous ses enfants dispersés. Dans ce peuple, les évêques, les prêtres, les diacres sont des baptisés appelés à servir la vocation de chacun et la mission commune.

C’est dans cet élan que mon ministère s’est forgé  pendant 40 ans et que j’ai trouvé ma joie à le vivre, malgré mon indignité. Je me reconnais bien volontiers dans les mots du pape François parlant du prêtre à l’assemblée générale de la conférence épiscopale italienne. Il écrit :  Avant de nous interroger sur les destinataires du ministère des prêtres, nous devons reconnaître que le prêtre est prêtre, dans la mesure où il se sent partie prenante de l’Eglise, d’une communauté concrète dont il partage le chemin. Le peuple de Dieu demeure le sein d’où il est tiré, la famille dans laquelle il est impliqué, la maison à laquelle il est envoyé. Cette commune appartenance qui jaillit du baptême, est la respiration qui libère d’une autoréférence qui isole et emprisonne. En rencontrant Jésus, tu as expérimenté la plénitude de la vie et, pour cette raison, tu désires que d’autres se reconnaissent en lui et puissent garder son amitié, se nourrir de sa Parole et le célébrer dans la communauté. A qui parle le pape à toi ou à moi ? A chacun de nous peut-être ?

Il poursuit : Celui qui vit pour l’Evangile entre ainsi dans un partage vertueux : le pasteur est converti et confirmé dans sa foi par la foi du peuple de Dieu avec lequel il agit et dans le coeur duquel il vit. Cette appartenance est le sel de la vie du prêtre. Elle fait que son trait distinctif soit la communion, vécue avec les laïcs dans des rapports qui savent valoriser la participation de chacun. En ce temps, pauvre en amitié sociale, notre première tâche est de construire des communautés. L’aptitude à la relation est, par conséquent, un critère décisif de discernement vocationnel.

Je ne saurais mieux dire ce que j’ai vécu avec bonheur pendant ces quarante années (dans les mouvements d’action catholique en rural, au service de la formation des animateurs pastoraux ou de la vie religieuse dans le diocèse), et plus particulièrement encore, pendant ces cinq dernières années où, avec la confiance de l’évêque, nous avons tenté de donner corps à une autre manière d’organiser l’Eglise. Non plus à partir du prêtre mais à partir du peuple de Dieu, en reconnaissant et en organisant la responsabilité des baptisés dans l’animation des communautés pour qu’elles soient évangéliques, fraternelles, ouvertes sur les enjeux de la vie avec les autres. Et cela, avec des prêtres qui ne sont plus au centre de toutes les décisions mais qui trouvent leur joie à ouvrir l’évangile car Jésus est chemin et vie, à servir la participation de chacun et l’unité de tous dans la mission commune.

On m’a parfois soupçonné ou reproché de contribuer à l’effacement du prêtre ou à sa dévaluation et cela m’a blessé. J’ai essayé de me situer et de situer le prêtre à sa juste place qui n’est pas le centre – le centre c’est le Christ-  mais le service de la vocation de chacun, l’unité et l’élan dans la mission commune de partager la joie de l’évangile.

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