Homélie du dimanche 17 avril 2016

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Evangile de Jean 10, 27-30

Homélie du dimanche 17 avril 2016             4° Dimanche de  Pâques C                  Jean 10, 27-30

 

La liturgie de ce dimanche ne nous donne à entendre que quelques versets du chapitre 10 de St Jean sur le Christ bon pasteur.

Ça m’incite moins à l’exégèse qu’au témoignage !

Puisque c’est la journée mondiale de prière pour les vocations je choisis donc de témoigner devant vous, de ce que je vis actuellement, à cette

étape de ma vie.

Ce qui m’ y pousse c’est la conviction que le ministère pastoral ne se résume pas à des tâches. Il est, d’abord, un signe sacramentel qui, en

nous identifiant comme prêtres, au Christ pasteur de son peuple, nous appelle à vivre de Lui sous peine de n’être que des fonctionnaires d’un

culte qui nous resterait extérieur !

Je choisis de vous parler car, d’une certaine manière, ce que je vis aujourd’hui ne m’appartient pas. C’est avec vous et pour vous.

Je voudrais que mon témoignage fasse écho à ce que, les uns ou les autres, vous vivez dans la traversée de l’épreuve. Une traversée qui

n’entrave pas notre confiance en Jésus parce qu’il a vécu de l’intérieur, au nom de Dieu, la grâce et le tragique de l’existence humaine.

La foi est une plongée dans les eaux de la vie et de la mort.

Se poser des questions, avoir des doutes, chercher à comprendre est nécessaire ne doit pas nous empêcher de nous engager. Comme le dit

St Augustin, s’il faut comprendre pour croire, il faut tout autant croire pour comprendre.

Depuis un an je suis touché dans ma santé par une maladie pulmonaire assez sournoise qui affecte mon souffle.

Avec le psalmiste, je peux dire: Le souffle en moi s’épuise.

A vue humaine peu de perspective sinon celle d’une hypothétique greffe des poumons !

Ce diagnostic il est posé au moment où je termine mes 12 ans de présence au milieu de vous.

Pour cette double raison je vous quitterai au début de l’été. Je ne pourrai pas reprendre un ministère tant il y a d’incertitudes sur l’évolution

lente ou soudaine de la maladie. Je vais donc essayer de vivre, jour après jour, dans l’étonnement d ‘être encore vivant.

Je veux vous rassurer. Je vais bien. Je ne souffre pas. Je vis cette étape dans la paix. Je suis serein, établi dans la confiance, étonné  même,

de découvrir que ma vie était déjà donnée – et je ne le savais pas- persuadé que j’étais de l’avoir gardé pour moi pour rester maître chez moi.

Et aujourd’hui qu’elle m’échappe – ma vie-  je n’ai pas peur de la perdre!

Pendant très longtemps j’ai été dans l’impossibilité de dire la prière de Charles de Foucauld et même, je résistais profondément aux mots de

cette prière :

Mon Dieu, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira

Quoique tu fasses de moi je te remercie…

J’ai souvent pensé que pour dire une telle prière il fallait avoir en Dieu une confiance hors de portée pour moi, et une aptitude à s’en remettre à

un autre, à se dessaisir de soi  que seul un amour total et partagé rend possible .

Evidemment, je me pose plein de questions. Je ne suis pas complaisant avec moi-même et je ne voudrais pas que ma sérénité actuelle soit le

déguisement de mon narcissisme. (Je suis admirable, vous ne trouvez pas ?)

Alors je m ‘interroge et c’est sans concession.

Cette sérénité ne viendrait-elle pas du fait que je ne souffre pas et que je ne peux pas vraiment prendre la mesure du mal qui me frappe ?

Cette sérénité ne cacherait-elle pas un soulagement, une lassitude face aux conditions d’exercice d’un ministère devenu aujourd’hui un défi

improbable ?

Après quarante années de ministère pastoral, est ce la reconnaissance qui l’emporterait sur les difficultés traversées ?

Il est vrai que je mesure mieux ce que j’ai reçu du Christ et des autres pendant ces années. Tant de rencontres qui m’ont modifié, humanisé,

révélé ! Et cette fidélité de Jésus éprouvée aux pires moments de ma vie, au coeur même de l’expérience de l’absence de Dieu.

Est ce le contact avec la souffrance des autres qui me fait relativiser ma propre situation ?

Il y a sans doute un peu de tout cela, et aussi le souffle saint de Dieu – un air que je respire depuis mon baptême et qui, même à mon insu, me

fait vivre de lui.

Puisque nous sommes dans le temps pascal, je voudrais vous dire que la résurrection n’est pas pour moi un horizon, c’est d’abord une manière

de choisir la vie et de passer la mort. D’ailleurs, je crois que j’ai déjà passé la mort.

C’est la force du baptême que nous avons reçu. Si, par le baptême dans la mort de Jésus, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour

que nous menions une vie nouvelle nous aussi.  (Ro 6, 3-5)

C’est aussi une manière pour moi, de vous dire que si je m’abandonne à l’amour de Dieu et des autres, je ne me résigne pas. Je ne baisse pas

les bras. Je les ouvre à la vie. J’ai toujours autant envie de vivre. Je vais donc rester debout, garder mon humour et continuer avec vous, de

choisir la vie.

Pour terminer sur une note plus légère, je veux vous dire aussi que je vous quitte rassuré car le prêtre qui va prendre le relais est un cadeau

pour vous. Il va s’inscrire sans difficulté dans la dynamique de ce que nous vivons sur cet ensemble pastoral depuis 5 ans.

Le pari d’une Eglise qui fait confiance à la pleine responsabilité des baptisés; une Eglise qui ne met pas le prêtre au centre de son dispositif

mais au service de la mission de tous.

Mon successeur est un philosophe de formation et comme il accompagne les mouvements en mission ouvrière il a un langage simple,

chaleureux, ouvert sur les problématiques de notre temps.

Faites quand même attention ; n’essayez pas de le contrarier car il pratique les arts martiaux.

Si vous voulez en savoir plus, allez sur google et taper : Christian Alexandre. C’est un féru d’informatique. Vous découvrirez le personnage.

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