Homélie du 11 décembre 2016 (3e dimanche de l'Avent) - Matthieu 11, 2-11

Témoigner de notre foi, ce n’est donc pas « donner l’exemple » mais montrer comment le chemin sur lequel nous sommes engagés nous fait grandir, combien la foi vient au secours de notre faiblesse.

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Evangile de Matthieu 11, 2-11

La figure de Jean Baptiste nous concerne : nous devrions apprendre à lui ressembler. Pas en tout : il était un peu bizarre avec son habit en poil de chameau, sa façon de manger des sauterelles et surtout sa manière violente de dénoncer ce qui n’allait pas… Mais nous sommes invités, comme lui-même y a été invité, à préparer le chemin de Jésus. Préparer ce chemin, cela veut dire, avant tout, que nous ne sommes pas responsables de la conversion des gens, même pas de celle des enfants qui nous sont confiés. La foi est toujours une adhésion personnelle, un choix que chacun est appelé à faire en conscience. Il est impensable d’obliger quelqu’un à devenir croyant. La seule chose qui nous est demandée est, comme cela a été demandé à Jean Baptiste, de préparer le terrain pour la venue de Jésus ce qui suppose plusieurs conversions de notre part.

Le principal danger qui nous guette est que nous portions un contre-témoignage. Si notre manière de vivre ne correspond pas à ce que nous disons, genre « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais », il y a peu de chance, en effet, que nous donnions envie aux autres de se mettre à la suite du Christ. Un peu de cohérence dans notre vie est donc indispensable.

Attention cependant : ne pensons pas qu’il faut être parfait, avoir une foi sans faille, une conduite toujours exemplaire ! Ceux que nous rencontrons, surtout dans nos familles, une fois passées les premières illusions, savent bien que nous avons des défauts. Jean Baptiste lui même était loin d’être parfait : il n’avait pas bien compris qui était Jésus et il parlait de punition alors que Jésus, lui, ne parle que d’amour. Il ne faut donc pas attendre d’avoir une vie parfaite et d’avoir tout compris de la foi pour commencer à témoigner de Jésus… nous risquerions d’attendre longtemps ! Ne cherchons pas à être irréprochables, n’ayons pas peur de nos tâtonnements et de nos doutes, ne craignons pas d’être simplement nous-mêmes pour annoncer le Royaume. S’ils se sentent aimés, ceux que nous côtoyons accepteront nos limites et feront sans doute la différence entre l’attachement au Christ que nous proclamons et les difficultés que nous éprouvons à le suivre parfaitement. Mieux vaut ne pas jouer au plus malin. Inutile de nier nos difficultés à croire, ou de les cacher. Les autres nous feront d’autant plus confiance qu’ils reconnaîtront en nous les faiblesses qui sont aussi les leurs. Si nous faisons semblant d’être parfaits, ils ne nous croiront pas (c’est le plus fréquent…) et nous traiteront d’hypocrites, ou bien (c’est le pire des cas !) ils nous croiront et penseront alors que la foi que nous professons n’est pas pour eux : ils se sentiront trop éloignés de nos prétendues perfections…

Dans un sens analogue, préparer le chemin, ce n’est pas non plus « donner le bon exemple ». Sans déballer nos turpitudes avec complaisance, nous serons regardés avec suspicion si nous affichons des attitudes forcées ou si nous montons en épingle les bonnes actions que nous sommes capables de faire. Il y a toujours, finalement, chez celui qui cherche à donner « le bon exemple » une part de mensonge ou du moins une généralisation hâtive qui veut faire croire que nos bons moments sont représentatifs de ce que nous sommes en profondeur. Un peu d’humilité ou de vérité est préférable à un orgueil mal placé. Mieux vaut se présenter comme des chercheurs de Dieu, des gens en chemin qui font des efforts sans toujours parvenir à rendre nos vies conformes à notre idéal. Des gens vrais, capables de reconnaître la beauté d’autres chemins. Pour autant, il est clair que, même si notre vie n’est pas toujours exemplaire, nous ne pouvons pas nous empêcher de témoigner que la suite du Christ, dans laquelle nous sommes engagés, est, selon nous, une voie qui dépasse les autres.

Témoigner de notre foi, ce n’est donc pas « donner l’exemple » mais montrer comment le chemin sur lequel nous sommes engagés nous fait grandir, combien la foi vient au secours de notre faiblesse. C’est d’ailleurs ce que dit st Paul quand il écrit : «  Je sais que le bien n'habite pas en moi, je veux dire dans l'être de chair que je suis. En effet, ce qui est à ma portée, c'est d'avoir envie de faire le bien, mais non pas de l'accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas. Si je fais ce que je ne voudrais pas, alors ce n'est plus moi qui accomplis tout cela, c'est le péché, lui qui habite en moi.

Moi qui voudrais faire le bien, je constate donc en moi cette loi : ce qui est à ma portée, c'est le mal. Au plus profond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu. Mais, dans tout mon corps, je découvre une autre loi, qui combat contre la loi que suit ma raison et me rend prisonnier de la loi du péché qui est dans mon corps. » Ro, 7, 18-23. Attention à ne pas essayer de faire croire que nous serions meilleurs que st Paul…

Cependant, tout comme lui, il n’est pas question de nous taire parce qu’il y a du mal en nous. Le message que nous portons, en effet, est plus grand que nous, il nous dépasse infiniment, il faut bien le reconnaître. Nous le portons dans des vases d’argiles : c’est bien pour cette raison que ce n’est pas nous que nous donnons en exemple mais Jésus.

La suite du texte de l’évangile nous réconforte : Jésus nous dit que le Royaume ne se gagne pas à coup de mérites. Il ne s’agit donc pas d’atteindre une perfection, idéale et impossible, pour avoir droit au ciel mais de se laisser prendre par l’amour de Dieu. Bien sûr, si nous nous mettons à la suite de Jésus, ce n’est pas pour nous comporter n’importe comment mais nous n’allons pas le faire pour obtenir une récompense. Nous allons dans le sens des Béatitudes parce que nous comprenons que c’est le chemin du bonheur. Nous ne nous mettons pas au service de notre prochain pour être récompensés, ni n’aimons les autres pour « faire bien » ou pour être aimés à notre tour… C’est au fond un peu comme dans la famille : nous cherchons à y vivre l’amour non pas pour une quelconque récompense, pour avoir de la reconnaissance de la part des enfants ou du conjoint mais pour créer un environnement d’amour où nous serons bien, où chacun trouvera sa place dans l’harmonie. De même, il est important, quand nous sommes entre amis, que règne une grande gratuité pour que ce qui est vécu soit vrai. Si nous entrons dans des calculs d’intérêt, nous perdons le vrai sens de l’amitié.

La fin du texte de Matthieu poursuit dans le même sens en mettant en lumière la profonde rupture instaurée par Jésus entre lui et Jean Baptiste, voire entre lui et les autres religions. La plupart des croyants dans les autres religions, en effet, prient pour obtenir ce qu’ils désirent, ils font de bonnes actions pour obtenir des récompenses et le ciel à la fin… Rien de tel avec Jésus. Rien de tel non plus dans nos familles (en principe !) ni entre amis (en principe toujours !). Le Royaume dont Jésus nous parle ne se gagne pas à coup de bonnes actions car c’est cadeau. Jean Baptiste, lui, nous menace de punition si nous ne nous comportons pas correctement et les religions nous promettent l’enfer si nous ne sommes pas sages. Rien de tel avec Jésus : l’enfer, c’est être séparés de Dieu. Nous en avons une idée quand nous refusons d’aimer…

Le Royaume dont Jésus parle, c’est la vie avec Dieu, la vie dans l’amour. (Je n’aime pas trop le mot de Royaume mais nous n’en avons pas d’autre.) Chaque fois que nous vivons dans l’amour, nous vivons de Dieu, avec Dieu, nous sommes avec lui, dans le Royaume. Le Royaume, ce n’est pas pour après, dans une autre vie, quand nous serons morts. Le Royaume, c’est pour tout de suite, pour aujourd’hui. Quand nous serons morts nous continuerons avec Dieu, en mieux, débarrassés de tout ce qui nous encombre ici. Mais nous faisons déjà, dans l’aujourd’hui, l’expérience de ce qui nous attend. Ceux qui sont morts continuent à vivre en Dieu, comme nous le faisons nous aussi dans nos meilleurs moments, et nous vivons avec eux de la même vie. C’est ce qu’on appelle la « communion des saints ».

Tout a donc changé depuis que Jésus est venu, qu’il est mort pour nous, qu’il est ressuscité. Jusqu’à Jean Baptiste, le peuple était en attente. Il était le plus grand des prophètes mais il est resté au bord du Royaume, à attendre. Avec Jésus nous n’attendons plus, nous y sommes ! Il nous a dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Mt 28,20, ce sont les derniers mots de l’évangile de Matthieu. Jésus est présent dans notre monde par son Esprit ; il est la présence de l’amour de Dieu dans notre monde. Nous n’avons plus qu’à y entrer, et tout de suite ! Nous ne sommes plus au bord de la mer à attendre que l’eau monte : nous sommes dedans, plongés dans l’amour de Dieu avec tous ceux qui aiment, les vivants et les morts, les croyants et les incroyants.

Nous les croyants, nous savons qu’il n’y a pas de plus grande joie que de vivre dans l’amour, les non croyants font la même expérience mais le « plus » auquel nous croyons, nous, c’est que vivre dans l’amour, c’est vivre avec Dieu, et c’est le comble de la joie.

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