Homélie du 4 octobre 2020 - Père Christian Alexandre

Dépendances (Matthieu 21, 33-43)

Pourquoi tant de violence chez ces vendangeurs ? On vendange pour faire du vin, pour partager, pour que tout le monde en profite mais ceux-là ne pensent qu'à eux, ils veulent tout garder, croient que leur liberté passe par l’élimination de ce qui est obstacle à leurs désirs… et ce sont eux qui finissent par mourir.

Éviter les dépendances… les enfants croient eux aussi qu’ils seront plus libres quand ils n’auront plus leurs parents sur le dos et de même, en grandissant, nous pensons que nous aurions plus de possibilités si nous étions débarrassés de tous ceux envers qui nous avons des dettes et des devoirs. Or Jésus semble confirmer qu’il n’est pas bon d’être seuls et même qu’il est profitable de reconnaitre ce que nous devons à ceux qui nous entourent, en toute humilité mais aussi par pur réalisme. Nous souhaitons certes gagner en autonomie mais la vie ne naît-elle pas du partage, de l’attention à l’autre ? Si nous sommes dépendants de ceux qui nous entourent, n’oublions pas que c’est aussi par eux que nous existons. Seuls, nous n’aurions plus qu’à mourir.

En outre, notre dépendance ne se limite pas aux hommes qui nous entourent, elle s’étend aussi à la nature. Nous nous sommes longtemps comportés envers elle comme des prédateurs arguant ne trouver en elle qu’un réservoir de matières premières que nous pourrions exploiter sans vergogne. Notre prétention n’a d’ailleurs d’égale que celle de ceux qui prétendent désormais sauver la planète. Quand nous nous apercevons que la nature réagit à nos agressions, nous croyons pouvoir réparer les dégâts. Sans doute pouvons-nous encore la protéger et limiter les conséquences de nos comportements, pourtant ce n’est pas elle qui est vraiment en danger mais nous, les hommes. Nous sommes tellement dépendants de la nature que l’humanité, si elle persiste dans ses conduites suicidaires, risque d’en mourir en entraînant dans la mort un certain nombre d’espèces. La planète, en revanche, s’en sortira toujours, et encore mieux, sans nous : son dynamisme dépasse de loin nos capacités de destruction. Il n’en est pas de même en ce qui nous concerne: comme les vignerons de la parabole, nous avons cru devenir grands sans respecter notre environnement et nous pourrions bien en mourir.

Notre dernière dépendance est celle qui nous lie à Dieu : c’est la principale insistance de la parabole. La Bible nous raconte que Dieu fit alliance avec les hommes à différentes reprises, jusqu’à envoyer son Fils pour nous rappeler que son amour créateur est la source de toute vie et, malgré tout, nous pensons parfois que nous serions beaucoup plus libres s’il n’était pas là. Nous tentons de faire comme si nous pouvions vivre sans lui…

Mieux vaut cependant nous mettre à l’écoute de Jésus nous invitant à croire qu’il existe un Dieu qui nous aime, qui nous protège, qui est là ­— ce qui change tout — pour nous donner sa vie. Autant nous avons besoin d'être entourés par une famille, par des amis, par des collègues, autant nous avons besoin de la beauté nourricière de la nature, autant nous avons aussi besoin de Dieu. Nous nous berçons encore parfois de l’illusion d’arriver à vivre tout seuls, avant de reconnaître notre besoin de proximités. L’admettre pourrait être vu comme une nouvelle illusion, à moins que nous ne fassions confiance à Jésus venu nous parler de ce Père qui nous aime, nous protège, nous recrée sans cesse par son amour. Notre confiance se transforme alors en prière : « Seigneur, aide-moi à ne pas me bloquer sur mes difficultés, à grandir, à dépasser mes limites, à faire confiance, j’ai besoin de toi, j’ai envie d’être aimé… »

Accepter nos trois dépendances fondamentales : des hommes, de la nature, de Dieu, c’est prendre le chemin d’une vie sans illusions mais dans l’espérance.